La jeunesse motrice du phénomène de résonance populaire qui a rappelé la possibilité d’une retraite anticipée pour un président arabe (Jamel Abdennasser a démissioné de toutes ses fonctions pour une demi journée) -chose que personne n’a anticipée- ne doit pas reculer; dans le sens de retourner à l’indifférence politique et l’irresponsabilité civile. Je ne peux pas ne pas remercier le mouvement antiSEPTique mené surtout par la caravane de la liberté et ceux qui ne s’étaient pas tus quand les autres se sont contentés d’un président déchu et ont accepté un (premier) gouvernement mascarade. Ces gens qu’on a beau essayer de polluer l’image sont les patriarches, les sages et les hommes libres de la Tunisie dite “de l’intérieur” et seuls garants des acquis de la révolution, ni Ammar ni بالزّور.
Cependant, maintenant, il existe des compatriotes qui sont passés de l’insouciance à l’inconscience, de l’anesthésie à l’amnésie, de l’hibernation culturelle à l’immaturité intellectuelle, de la limitation mentale à l’imitation verbale, d’une raison tordue à une logique émotionnelle…nous avons vécu une éternité du 7 novembre 1987 au 14 janvier 2011 pour nous “téléporter” dans le temps jusqu’à 16 juin 2014. Les promoteurs publicitaires marchands de rêves, nous prennent pour des somnambules somniloques à l’heure où il faut rêver avec ce qu’on a. Les priorités se réorganisent à chaque rafraichissement des pages web et à chaque journal télévisé, je vois la défense de la prostitution prendre la place de la suspension de la constitution, “ los barbudos” devant la synagogue qui porte l’étoile de Théodore Herzl et un menuisier homosexuel dont la “pensée extrémiste” a été reconnue avant son identité font plus de bruit qu’un parlement d’opportunistes, je vois la banque centrale à Sidi Bousaïd faire le big buzz, “Ben Ali et sa femme sont demandés à la justice tunisienne” après une “hésitation ” ou plutôt un atermoiement…trois commissions devenues sacrées alors qu’“une volonté politique” pour dissoudre l’ex-RCD doit passer par des formalités dites légales et justes. Il y a toujours un décalage entre un gouvernement brouillon et une jeunesse vigilante assoiffé de concrétisation et de garanties. Les ministères eux mêmes sont asynchrones et les promesses et les pratiques ne sont pas en phase. Les deux ministres fraichement venus de l’opposition font leur show et un porte parole “lunaire” alors que la ligne directrice de leur “programme” est absente. Aujourd’hui à l’heure de transition temporaire on n’a pas besoin d’une continuité avec un ancien système ni de technocrates ni d’une nouvelle politique économique ou sociale, on a besoin d’urgence de réformes des lois qui concernent la vie politique, le journalisme et la justice et l’installation d’une “infrastructure” favorable à de vrais élections. Parfois je vois dans la chaine nationale officielle pas encore publique et dans des décisions et mesures dilatoires prises par le gouvernement ou encore dans l’existence même des trois commissions un camouflage, une diversion, une procrastination et une négligence.
Bref, l’histoire officiellement racontée évite de mentionner que le peuple fait tout le travail et les hommes d’influence : militaires, diplomatiques et surtout ceux qui ont le pouvoir de l’argent se présentant en tant qu’allié du peuple alors qu’ils tracent l’agenda des politiciens pour préserver leurs intérêts et ceux des puissances dans la région et les puissances mondiales. Les pauvres font le sale boulot et les hommes d’affaires font l’affaire.
L’espoir de la liberté nait des prophéties poétiques et dépasse les critiques élitistes, passe par les cris et tics d’un peuple qui verse son sang dans la caisse des sacrifices et offre des âmes aux cimetières des immortalisés. Cependant, les voies de la liberté ne se croisent pas toutes –forcément- dans la case démocratique statique, un peuple instruit, cultivé et actif ne se contente pas de l’enfermement de ses voix libres dans des boites. Ses individus font un effort d’imagination : they “Think outside the box !” . Il faut que les voix soient plus hautes que la boite hôte des votes qui vous ôtes une voix. La voix des Tunisiens doit être haute, résistante et résonante. Or le processus démocratique est un jeu aux mains d’une poigné de gens qualifiés d’académiques, penseurs ou experts. Désormais, “le libre arbitre populaire” est un mythe. En pratique, dans les démocraties les plus “poussées” les compagnes électorales sont sponsorisées et utilisent des techniques de persuasion et d’intimidation développés qui usent de l’influence de l’image et visent la subconscience même et ensuite les mécanismes représentatifs une fois mis en place deviennent des vendeurs aux enchères pour des lobbys.
Pour la Libye je n’ai que les pensées, la prière et les larmes cachées.