mardi, janvier 25, 2011

after party : anticonstitutionnellement

“Les gens parlent mal, les gens sont cons
Au moins tout aussi con que moi” Damien Saez – J’accuse

tunis30

Je vais m’aventurer sur les rives des déceptions et prendre le risque de ruminer.

Ne vive personne sauf le peuple !

Ce qu’a fait Rchid Ammar (et toute l’armée d’ailleurs) n’est pas une “faveur”, موش مزيّة, ce n’est pas parce que les autres (Soryati et cie.) ont trahi leur pays que lui, faisant son devoir de défendre “l’état et non pas le système” (comme a dit Azmi Bchara), qu’il doit être accueilli comme héros national et que “The ultimate captain Tunisia” soit le slogan ou la mascotte de son éventuelle future campagne électorale. Un vrai héros n’accepterai pas de faire fuir un dictateur. Il reste donc un homme raisonnable qui doit se limiter à son rôle de protéger la patrie, son peuple et sa révolution.

The Tunisian Party

La “révolte” tunisienne…ça vient de la rue, tout le reste c’est –plus ou moins- du néant. La course des rumeurs a déclenché dès le début, le signal d’alarme d’un nihilisme médiatique et virtuel. C’est vrai que le Web 2.0 (Les réseaux sociaux, les weblogs et les forums) était le principal sponsor des jeunes “révoltés” : il a facilité le libre échange de l’information et a permis la mobilisation des cordes vocales et la synchronisation relative des voix : une superposition des longueurs d’ondes mais ce sont les décibels et les mains en l’air et non pas les clics et les montages vidéos qui ont secoué la marmite et qui y ont fait tomber des têtes même. Cependant, après le 14, ces mêmes ondes ont divergé…La marmite bouillonne encore et risque de refroidir avant que tous les ingrédients soient présents pour préparer une belle recette “démocratique”. Certes, les différentes foules restantes font bouger les choses, mais ceci dans une direction verticale et dans les deux sens. N’essayez point de comprendre la masse, elle n’a nulle logique. Celui qui faisait son harmonie et son union a pris la fuite. Maintenant des tas de gens crient “Dégage” à tort et à travers…on crie -au nom de tout le peuple- “Le peuple veut faire tomber le gouvernement” alors qu’on ne représente personne sauf soi et que le nombre total de manifestants parfois ne dépasse pas la centaine. L’hymne national est devenu une berceuse, le tube de la révolte…c’est bien mais en même temps chaque chose à sa place et chaque chose en son temps. Aujourd’hui, chaque secteur veut faire la grève, chacun a quoi demander à un gouvernement de transition auquel il manque déjà 5 ministres. A une échelle individuelle, il faut penser avant d’agir car l’effet de groupe peut vous faire crier des slogans sur lesquels vous n’êtes pas d’accord.

Observations et interrogations :

  • Parler de citoyenneté en Tunisie à l’époque de Ben Ali est aberrent. On est peut être témoin de la naissance du citoyen tunisien!
  • Ben Ali n’est pas Louis XIV, l’état ce n’est pas lui. Il faut noter aussi que l’état et le système sont deux choses différentes.
  • Le mystère Arbi Nassra : haute trahison aujourd’hui, héros national demain ?!
  • La partie souterraine du ministères de l’intérieur est une des sales d’opérations des pions du système restera-elle un tabou. Au policiers qui se reconnaitront : Est-ce qu’on peut du jour au lendemain, se laver les mains du sang des innocents torturés voire tués ?! Ce qui s’est passé et se qui se passe en prison tunisienne ?
  • Elections dans 60 jours ou 6 mois ?
  • Il faut retirer sa carte d’électeur avant le 31 : info ou intox ?
  • Le déficit de communication et la médiocrité ou l’absence du discours officiel accentue le problème de confiance entre l’opinion publique et le gouvernement. Les deux nouveaux ministres “de l’opposition” restants ne font que passer à la télé pour prendre la parole et parler au nom du gouvernement : Où est le porte parole ou est-il vraiment muet ? où est le ministre de l’intérieur ou s’est-il auto-détruit politiquement après deux discours ratés ?
  • Si 6 ministres (ex RCD) sont en train de nous épargner du chaos et du vide constitutionnel alors là j’avoue que ça me fait très peur car demain quand ces personnes partiront il n’y aura apparemment personne pour les remplacer comme on veut nous faire croire maintenant. Je me demande bien par exemple pourquoi la seule chose qui s’est faite à une grande vitesse sur le plan officiel après le 15 ce sont les entretiens entre les quelques partis politiques, l’UGTT et le premier ministre et ensuite l’annonce éclaire de ce dernier de la liste des ministres alors que certains d’entre eux n’avaient su quel ministère on les a attribués qu’à cet instant là.
  • Ennahda, CPR, PCOT : quand vont-ils être reconnus par l’état ? Pourquoi ce retard ?

Mentalité à réviser :

L’évolution des mentalités est la vraie révolution.

Pendant plus de deux décennies et à travers le matraquage physique et psychique, le conditionnement pavlovien des mentalités tunisiennes a donné :

  • Une autocensure paranoïaque et une culture de la peur (10 millions de prisons mentales).
  • Une métamorphose de l’image du supérieur hiérarchique indirect (chef, patron, directeur, PDG, DGA, président) et les fidèles de l’RCD aux yeux des gens; d’une personne ordinaire à une “pseudo-divinité” intouchable qu’il faut amadouer, applaudir et lui faire la court (c-à-d “baisser son froc” et “lécher” تبندير, تقفيف, تصفيق, طحين).
  • Irrespect et “indifférence juridique” des deux côtés de la loi. La loi est devenue “hors elle même” voire hors d’atteinte, hors de portée, portée disparue. La devise connue : Transgresser et graisser.

(مادام شحّم دعه يمرّ)

  • Un corps administratif procrastinateur. Au niveau des services, la plus part du personnel ne sert à rien. Seuls les pistons et les pots de vins rendent serviable.

Vocabulaire dépassé –> vide lexical :

J’ai peur du vide lexical car je ne trouverai plus les mots justes pour décrire ce qui se passera demain et écrire m’aide à comprendre.

Avant : pseudo-mafia, népotisme, voyoucratie, ploutocratie, gérontocratie, médiocratie, autocratie, monocratie, corruption, dictature, totalitarisme, despotisme, état-flic, terrorisme d’état…

Après : nouveau, inconnu, révolte, technocrate, révolution, jasmin, liberté, laïcité, historique, jeunesse, sniper, milices, chaos, 56, 57, intérim, vacance…

Opposition où est tu ? :

Pour résumer la situation du paysage politique à l’époque de l’ancien régime sans zèle : Compression de l’opposition, suppression des espaces de dialogues concrets, pression sur les critiques neutres et oppression de la population. Ce qui explique peut-être pourquoi la prise de position de l’opposition de l’intérieur a resté longtemps débranchée. Mais le phénomène le plus étrange c’est bien la phagocytose de plusieurs partis politiques (exemple : MDS) par le système et je dis bien le système car pour moi le parti au pouvoir a été massacré par Ben Ali et sa troupe et c’étaient ses bras droits dans les coulisses du palais présidentiel qui tiraient les ficelles.

ISLAMISMOphobie :

Une Tunisie-Islamiste est un oxymore et le restera. L’islamismophobie en Tunisie me rappelle la polémique Caroline Fourest – Tariq Ramadan…Du coup je me pose la question suivante : que pensent ces même personnes qui s’acharnent sur Rached Ghanouchi, de Rajab Tayeb Erdogan ou de Abdulla Gül : les leaders du parti islamiste en Turquie (la Justice et le Développement) ? Ou est-ce que la gueule et surtout la barbe de Ghannouchi les gênent ?! Je peux les rassurer, il ne peut pas y avoir une participation du mouvement Ennahda dans le futur politique proche. Leurs préjugés les aveuglent et les empêchent de se documenter sur le parcours et les idées de cette personne dont plusieurs ont été adoptées par La Justice et le Développement et d’autres ont été critiquées par Les Frères Musulmans. Ghanouchi a d’ailleurs précisé qu'il n’est pas question de faire marche arrière en Tunisie en matière d’émancipation de la femme et que le code du statut personnel est un acquis incontestable.

La guerre des plateaux de télés :

Dans la foule médiatique, j’ai pu distinguer des visages familiers (tourneurs de vestes et anciens militants), des voix de raison méconnues et des nouveau venus inconnus ou plutôt les nouveaux super hérauts de la liberté. Les personnes crédibles reconnues pour leur honnêteté intellectuelle peuvent être classées en trois catégories selon la nature de leur langage : Les francophones, les arabophones, les bilingues et ceux qui préfèrent parler “le langage commun du peuple”. Comme on est plus ou moins des néophytes en politique il faut choisir qui laisser vous “influencer” car une personne charismatique éloquente avec un minimum de connaissances peut vous faire avaler n’importe quoi.

2 commentaires:

  1. John Tube respire, John Tube expire , John Tube m'inspire !!!
    C'est carrément inutile d'essayer de commenter, seule une bonne conversation hors-virtuel me satisfera.
    et les calembours (surtout du début)sont un délice retrouvé ! :)
    et je suis presque d'accord sur tout; Pire : نصفقلك بزوز ادين !

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  2. Je suis de ton avis, mais, écarter le mauve, ça ne veut pas dire qu'il en existera plus, il a droit à ses droits aussi, n'oublions jamais qu'on prône la démocratie !! Tout est vide quand tout est en noir et trop de rouge ça donne envie de vomir...
    De plus, les profiteurs, les milices, les hypocrites, les "changeurs de vestes", les mauvais perdons, les cons, les fous, les fous de rage, les ravageurs... Et tous ces genres de personnes qui ne font que des dommages sont inéluctables surtout dans une société en cours de "résurrection", espérant le!
    Ceci dit, tout est bien qui finit bien, attendant, la fin, de quoi? Et pour combien de temps encore? ça, dieu seul en connait la réponse! YouTUBE, we were waiting for you :)

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